mars 2007


C’est signé Claude Goasguen, l’un des porte-parole de Nicolas Sarkozy.
Il s’est fait avoir par Lelab.TV et les Yes men, piégeurs de célébrités. Les Yes men se sont fait passer pour des journalistes d’une filiale de CNN et ont fait croire à Claude Goasguen que les patrons américains sont furieux contre M. Hulot. Objectif de l’opération, vérifier la sincérité des politiques sur leur engagement en faveur du pacte pour l’environnement de Nicolas Hulot. Pas de souci, que les libéraux se rassurent, l’UMP « n’a pas l’intention de plonger la France au siècle des cavernes ». « Le plan Hulot est un plan extérieur à la campagne, un plan de sensibilisation »…
Je vous en passe et des meilleures !

The Yes Men : le pacte Hulot vu par Claude Goasguen (UMP) sur LeLab.TV

L’équipe Sarkozy n’est pas la seule à avoir été piégée. Il me tarde de voir les autres « tests »

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Pour ce dernier article sur les pesticides, prenons le problème par le début – il est temps ! Il s’agit de savoir comment réduire l’utilisation de pesticides, quelle agriculture en est capable.
Première question, pourquoi utilise-t-on des pesticides dans l’agriculture ? Pour lutter contre des « agresseurs ». Le problème est que ces agresseurs se plaisent dans des cultures vastes et identiques d’une année sur l’autre, ce qui est généralement le cas de l’agriculture intensive. « La monoculture ou la succession de cultures ayant le même cycle de végétation ne permettent pas de rompre les cycles de développement des bio-agresseurs. La végétation dense favorise la propagation des maladies. La fertilisation forte profite aussi aux adventices – espèces végétales étrangères, ou parfois mauvaises herbes, ndlr. L’abandon du labour ne permet plus l’enfouissement profond des graines adventices ou des agents pathogènes… », expliquent des chercheurs de l’INRA et du Cemagref dans une étude réalisée en 2005 à la demande du ministère de l’Agriculture et de la Pêche et du ministère de l’Écologie et du développement durable. « Dans ces conditions qui maximisent les risques sanitaires, les pesticides apparaissent, fort logiquement, nécessaires et très efficaces. Mais l’emploi répété, sur de grandes surfaces, d’une même substance active, conduit au développement de populations du bio-agresseur visé, qui résistent au pesticide. Actuellement, en France, toutes les productions (grandes cultures, arboriculture fruitière, vigne) sont confrontées à ces problèmes de résistance, qui concernent la plupart des familles chimiques de pesticides. »
 
Les agriculteurs demandent une solution impossible
« Je ne peux pas me permettre de renoncer aux pesticides sur mon exploitation, c’est trop risqué, confie un agriculteur du Gers. Même si je pense qu’à long terme, ce serait mieux pour l’environnement, voire peut-être pour moi… Vous prendriez le risque vous, d’avoir des revenus encore plus incertains ? On en a bien assez avec la sécheresse, les orages de grêle… » Chez les agriculteurs, l’idée – qui n’est pourtant pas toujours vérifiée – que les rendements seraient beaucoup plus aléatoires sans pesticides est très répandue. Cela n’est pourtant pas toujours vérifié, notamment lorsqu’on utilise des variétés dites « rustiques ».Les agriculteurs voudraient bien des alternatives… Mais qui soient aussi faciles à utiliser, efficaces et bon marché que les pesticides. Le tout bien entendu sans remettre en cause leurs objectifs de rendements élevés. « Il n’existe aucune technique répondant à ce cahier des charges », répondent les scientifiques de l’INRA et du Cemagref.
 
Les OGM : mauvaise solution
Les OGM ont été présentés comme la solution pour réduire l’utilisation de pesticides. Mais les firmes agro-chimiques ont rapidement vu un autre intérêt aux OGM : produire des semences résistantes aux pesticides, de façon à pouvoir utiliser ces pesticides sans hésitation, sans risquer de détruire la culture choisie. Pour les firmes, le bénéfice est double : elles vendent à la fois leur semence OGM (plus chère que la semence classique) et leur herbicide. 71 %  des OGM cultivés sont ainsi conçus pour supporter un traitement à un produit herbicide. La culture du soja transgénique résistant au RoundUp (glyphosate) aux Etats-Unis aurait conduit à une augmentation des ventes de cet herbicide de 72% depuis 1997. (voir aussi, en complément par ici)
 
Agriculture raisonnée : insuffisante
Selon la définition du ministère de l’agriculture, « l’agriculture raisonnée correspond à des démarches globales de gestion d’exploitation qui visent, au-delà du respect de la réglementation, à renforcer les impacts positifs des pratiques agricoles sur l’environnement et à en réduire les effets négatifs, sans remettre en cause la rentabilité économique des exploitations ». Pour obtenir l’étiquette « agriculture raisonnée », l’exploitant doit faire l’inventaire de son stock de phytosanitaires une fois par an, avoir des documents expliquant comment les utiliser et être abonné à un « service de conseil technique indépendant de la commercialisation des produits », selon le très officiel guide d’interprétation du référentiel de l’agriculture raisonnée. Très bien, mais à partir de là, il n’y a pas plus de contrôle et aucune obligation de réduire l’utilisation des pesticides.
 
L’agriculture bio : la seule à interdire les pesticides de synthèse
L’agriculture biologique est pour l’instant la seule à s’être dotée d’un cahier des charges strict interdisant totalement les pesticides de synthèse. Ne sont autorisés que des substances d’origine minérale comme le soufre, le cuivre ou d’origine végétale comme certains insecticides (roténone, pyrhétre), des purins végétaux et des algues calcaires (lithothamme) riches en oligo-éléments tendant à renforcer la résistance naturelle des plantes.
« Mais on pourrait aussi concevoir d’autres systèmes, qui tendraient vers le « zéropesticides » sans s’interdire l’utilisation d’engrais de synthèse et le recours occasionnel à un traitement phytosanitaire en cas d’échec des mesures prophylactiques – préventives, ndlr – et curatives non chimiques », propose le rapport de l’INRA et du Cemagref.
 
Agriculture durable et agriculture intégrée : le futur ?
L’agriculture durable, qui s’est essentiellement développée en Bretagne, impose une réduction nette de l’emploi des phytosanitaires. Mais le réseau, à en croire le site internet, ne semble plus vraiment fonctionner depuis 2005.
L’agriculture intégrée chercherait « le juste milieu entre l’agriculture traditionnelle et l’agriculture biologique ». Un modèle de production très développé en Suisse, où plus des trois-quarts de la surface agricole utile sont ainsi cultivés. En France, ce modèle n’est encore que peu connu.
 
Il n’y a pas de solution miracle et tout reste complexe. Mais une chose est sûre : les agriculteurs, comme tout le monde, vont devoir changer et repenser leurs pratiques en intégrant les conséquences pour l’environnement. Ce qu’ils n’ont pas toujours fait ces dernières décennies.

Un article très instructif sur le rapport à l’environnement des candidats à la présidentielle, sur le blog de Denis Delbecq, journaliste à Libé.
Et une preuve de plus – s’il en fallait – du peu d’intérêt que Sarkozy accorde à l’environnement…

L’intérêt nutritionnel des produits issus de l’agriculture bio divise toujours les consommateurs et les scientifiques. Ces tergiversations devraient se réduire grâce à l’étude de chercheurs de l’université de Californie (Davis) publiée aujourd’hui dans le magazine Chemistry & Industry.
Les chercheurs ont pris des pieds de kiwis de la même variété, les ont cultivé dans le même verger, à la même période, dans les mêmes conditions environnementales. Seul différait le mode de culture : conventionnel d’un côté, bio de l’autre.
Verdict : les kiwis bio contiennent plus de polyphénols (les substances bénéfiques à la santé que l’on trouve aussi dans le vin), plus de vitamine C et plus de minéraux que les kiwis traditionnels. Ces différences seraient dues au fait que les kiwis non protégés par les pesticides développent plus de mécanismes de défense que leurs congénères chimiques. Ils seraient aussi plus « stressés », ce qui les amène à fabriquer plus d’antioxydants.
Moins de mauvais (résidus de pesticides) et plus de bon, qu’est-ce qui vous retient de ne pas acheter bio ? À part le prix… Et ça, nous en reparlerons sans doute, cela se discute…

En guise de trou normand dans le menu pesticides (et pour me faire pardonner le retard) :

+18 : Le sexe écolo sur LeLab.TV


au passage : si quelqu’un pouvait m’expliquer comment on met directement les vidéos…

« Les pesticides, c’est dangereux. Très bien, ça on a compris. Mais alors pourquoi peut-on encore en trouver dans n’importe quelle grande surface ? », allez-vous me dire. Et bien, that’s the question.

En commercialisant ces produits toxiques, les premiers coupables sont à mon avis les pouvoirs publics, qu’ils soient nationaux ou européens. Il y a un gros problème au niveau des autorisations de mise sur le marché (AMM).
Selon le Mouvement pour le droit et le respect des générations futures (MDRGF), qui travaille énormément sur le sujet – et dont le président, François Veillerette, vient d’éditer le livre Pesticides, révélations sur un scandale français – la directive européenne qui régit les AMM comporte de nombreuses lacunes.

  • Tout d’abord, les effets de perturbations endocriniennes ne sont pas recherchés, et les tests de toxicité pour le système immunitaires ne sont pas systématiquement exigés. Un comble lorsqu’on sait que ce sont les principaux risques liés à une exposition aux pesticides.
  • Ensuite, l’évaluation des produits phytosanitaires ne tient pas compte de leurs effets sur les organismes les plus sensibles, notamment les enfants. Là aussi, c’est embêtant…
  • Enfin, il peut y avoir des effets de synergie, lorsque plusieurs substances (plusieurs pesticides, ou un pesticide avec des excipients) sont mélangés. Mais ces effets ne sont pas évalués. Une étude de 2004 a par exemple démontré que le potentiel toxique du fameux Round Up est supérieur à celui de sa matière active le glyphosate à cause de la présence de co-formulants conçus pour renforcer son action.

Il faut aussi savoir que lors l’évaluation de la dangerosité des pesticides pour l’homme, on établit – uniquement par des expérimentations animales – la dose journalière admissible (DJA) pour chaque substance. Mais là encore, on oublie que dans les fruits et légumes de votre panier, il n’y a sans doute pas des résidus d’un seul pesticide… Or ces possibles cocktails peuvent s’avérer particulièrement toxiques.
 
À suivre…/span>

Les plus exposés à des intoxications directes – aigües – par les pesticides sont les agriculteurs, qui utilisent ces produits en grande quantité sur leurs cultures. Selon une étude de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) il y aurait chaque année dans le monde un million de graves empoisonnements par les pesticides, avec quelque 220 000 décès. Les troubles aigus dûs aux pesticides frappent les muqueuses et la peau (40 % des cas étudiés), le système digestif (34 % des cas), le système respiratoire (20 %), le reste de l’organisme (24 %).
Mais le problème de santé publique posé par les pesticides dépasse largement ces intoxications aigües, aussi inquiétantes soient-elles.
 
Perturbations hormonales
Même en très faibles quantités, la plupart des pesticides perturbent notre système endocrinien, c’est-à-dire – un peu schématiquement – toutes les glandes qui sécrètent des hormones. Les effets varient en fonction de l’âge et de la phase de développement de l’organisme touché. Les expositions in utero sont les plus critiques, car il suffit qu’un signal hormonal n’ait pas lieu à un moment précis pour perturber gravement le développement du fœtus : avortement spontané, retards de croissance, handicaps à la naissance…
Une étude de 2001 réalisée en Californie montre que la mort du fœtus due à une anomalie congénitale est plus fréquente chez les mères qui vivent pendant leur grossesse près d’endroits  où l’on a pulvérisé des produits phytosanitaires.
Les pesticides sont même soupçonnés de modifier  le sexe de l’enfant à naître. Des chercheurs se sont aperçus que la proportion de bébés mâles, par rapport à l’ensemble des nouveaux-nés, était en train de décliner doucement depuis 20 ans dans de nombreux pays industrialisés ou en voie d’industrialisation. Ces scientifiques pensent que ce changement est causé par l’exposition du fœtus à des perturbateurs endocriniens, tels que certains pesticides.
Qui dit hormones dit aussi reproduction. Les phytosanitaires seraient responsables d’une baisse non-stop de la fertilité masculine depuis plus d’un demi-siècle. Une étude l’a récemment confirmé : l’exposition aux pesticides est associée à des concentrations en spermatozoïdes bien en dessous de la limite de
la fertilité. Les femmes sont aussi touchées : pour celles qui préparent et utilisent des pesticides, particulièrement des herbicides, le risque d’infertilité est multiplié par 27 !

 
Perturbations du système immunitaire
Les effets destructeurs des pesticides sur le système immunitaire sont encore principalement étudiés en laboratoire, sur des animaux ou des cultures de cellules. Mais la majorité des études met en évidence des effets immunosuppresseurs, ce qui peut entraîner des allergies (asthme, irruptions cutanées, etc), une plus grande sensibilité à des maladies… Voire certains cancers.
 
Pesticides et cancers
À ce jour en Europe, 92 substances actives pesticides sont classées cancérigènes possibles ou probables, par l’Union européenne ou par l’Agence de protection de l’environnement des États-Unis.
Depuis plus de vingt ans, des dizaines d’études épidémiologiques montrent que les utilisateurs de pesticides sont plus souvent atteints par certains cancers (estomac, prostate, vessie, cerveau, lèvres, leucémies…) que la population générale.
Il semble que les enfants soient encore plus sensibles à ce risque que les adultes car, proportionnellement à leur taille et poids, ils sont plus exposés à des substances cancérigènes auxquelles ils sont plus sensibles physiologiquement.
 
Réjouissant tout ceci, n’est-ce pas ? Bon, pas la peine de se calfeutrer chez soi ni de déménager pour la ville. Éviter d’en utiliser, même de très petites doses pour vos jardinières, et expliquer la démarche et les risques autour de soi, peut contribuer à une prise de conscience.
 
Demain : la question de leur évaluation avant la mise sur le marché.

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