Pour ce dernier article sur les pesticides, prenons le problème par le début – il est temps ! Il s’agit de savoir comment réduire l’utilisation de pesticides, quelle agriculture en est capable.
Première question, pourquoi utilise-t-on des pesticides dans l’agriculture ? Pour lutter contre des « agresseurs ». Le problème est que ces agresseurs se plaisent dans des cultures vastes et identiques d’une année sur l’autre, ce qui est généralement le cas de l’agriculture intensive. « La monoculture ou la succession de cultures ayant le même cycle de végétation ne permettent pas de rompre les cycles de développement des bio-agresseurs. La végétation dense favorise la propagation des maladies. La fertilisation forte profite aussi aux adventices – espèces végétales étrangères, ou parfois mauvaises herbes, ndlr. L’abandon du labour ne permet plus l’enfouissement profond des graines adventices ou des agents pathogènes… », expliquent des chercheurs de l’INRA et du Cemagref dans une étude réalisée en 2005 à la demande du ministère de l’Agriculture et de la Pêche et du ministère de l’Écologie et du développement durable. « Dans ces conditions qui maximisent les risques sanitaires, les pesticides apparaissent, fort logiquement, nécessaires et très efficaces. Mais l’emploi répété, sur de grandes surfaces, d’une même substance active, conduit au développement de populations du bio-agresseur visé, qui résistent au pesticide. Actuellement, en France, toutes les productions (grandes cultures, arboriculture fruitière, vigne) sont confrontées à ces problèmes de résistance, qui concernent la plupart des familles chimiques de pesticides. »
 
Les agriculteurs demandent une solution impossible
« Je ne peux pas me permettre de renoncer aux pesticides sur mon exploitation, c’est trop risqué, confie un agriculteur du Gers. Même si je pense qu’à long terme, ce serait mieux pour l’environnement, voire peut-être pour moi… Vous prendriez le risque vous, d’avoir des revenus encore plus incertains ? On en a bien assez avec la sécheresse, les orages de grêle… » Chez les agriculteurs, l’idée – qui n’est pourtant pas toujours vérifiée – que les rendements seraient beaucoup plus aléatoires sans pesticides est très répandue. Cela n’est pourtant pas toujours vérifié, notamment lorsqu’on utilise des variétés dites « rustiques ».Les agriculteurs voudraient bien des alternatives… Mais qui soient aussi faciles à utiliser, efficaces et bon marché que les pesticides. Le tout bien entendu sans remettre en cause leurs objectifs de rendements élevés. « Il n’existe aucune technique répondant à ce cahier des charges », répondent les scientifiques de l’INRA et du Cemagref.
 
Les OGM : mauvaise solution
Les OGM ont été présentés comme la solution pour réduire l’utilisation de pesticides. Mais les firmes agro-chimiques ont rapidement vu un autre intérêt aux OGM : produire des semences résistantes aux pesticides, de façon à pouvoir utiliser ces pesticides sans hésitation, sans risquer de détruire la culture choisie. Pour les firmes, le bénéfice est double : elles vendent à la fois leur semence OGM (plus chère que la semence classique) et leur herbicide. 71 %  des OGM cultivés sont ainsi conçus pour supporter un traitement à un produit herbicide. La culture du soja transgénique résistant au RoundUp (glyphosate) aux Etats-Unis aurait conduit à une augmentation des ventes de cet herbicide de 72% depuis 1997. (voir aussi, en complément par ici)
 
Agriculture raisonnée : insuffisante
Selon la définition du ministère de l’agriculture, « l’agriculture raisonnée correspond à des démarches globales de gestion d’exploitation qui visent, au-delà du respect de la réglementation, à renforcer les impacts positifs des pratiques agricoles sur l’environnement et à en réduire les effets négatifs, sans remettre en cause la rentabilité économique des exploitations ». Pour obtenir l’étiquette « agriculture raisonnée », l’exploitant doit faire l’inventaire de son stock de phytosanitaires une fois par an, avoir des documents expliquant comment les utiliser et être abonné à un « service de conseil technique indépendant de la commercialisation des produits », selon le très officiel guide d’interprétation du référentiel de l’agriculture raisonnée. Très bien, mais à partir de là, il n’y a pas plus de contrôle et aucune obligation de réduire l’utilisation des pesticides.
 
L’agriculture bio : la seule à interdire les pesticides de synthèse
L’agriculture biologique est pour l’instant la seule à s’être dotée d’un cahier des charges strict interdisant totalement les pesticides de synthèse. Ne sont autorisés que des substances d’origine minérale comme le soufre, le cuivre ou d’origine végétale comme certains insecticides (roténone, pyrhétre), des purins végétaux et des algues calcaires (lithothamme) riches en oligo-éléments tendant à renforcer la résistance naturelle des plantes.
« Mais on pourrait aussi concevoir d’autres systèmes, qui tendraient vers le « zéropesticides » sans s’interdire l’utilisation d’engrais de synthèse et le recours occasionnel à un traitement phytosanitaire en cas d’échec des mesures prophylactiques – préventives, ndlr – et curatives non chimiques », propose le rapport de l’INRA et du Cemagref.
 
Agriculture durable et agriculture intégrée : le futur ?
L’agriculture durable, qui s’est essentiellement développée en Bretagne, impose une réduction nette de l’emploi des phytosanitaires. Mais le réseau, à en croire le site internet, ne semble plus vraiment fonctionner depuis 2005.
L’agriculture intégrée chercherait « le juste milieu entre l’agriculture traditionnelle et l’agriculture biologique ». Un modèle de production très développé en Suisse, où plus des trois-quarts de la surface agricole utile sont ainsi cultivés. En France, ce modèle n’est encore que peu connu.
 
Il n’y a pas de solution miracle et tout reste complexe. Mais une chose est sûre : les agriculteurs, comme tout le monde, vont devoir changer et repenser leurs pratiques en intégrant les conséquences pour l’environnement. Ce qu’ils n’ont pas toujours fait ces dernières décennies.

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