La création d’un label bio européen, uniformisant les législations nationales, était une belle opportunité pour les Vingt-Sept de montrer patte verte en matière d’agriculture. Mieux, de faire un geste envers les petits producteurs qui fuient le « toujours plus », et se plaignent si souvent de l’Europe. Et bien c’est raté.

Après un an et demi de négociations, les ministres de l’Agriculture des Vingt-Sept ont adopté mardi 12 juin un nouveau label bio. Il vise à abroger et remplacer, dès 2009, le règlement actuel qui date de 1991, année de la première reconnaissance de l’agriculture bio par l’Europe. Pas de mauvaise foi, notons les quelques avancées. Un produit fini devra désormais contenir au moins 95 % (en masse) d’ingrédients biologiques pour bénéficier de l’appellation, au lieu de 70 % actuellement ; la mention du lieu de culture devient obligatoire ; une base est définie pour ajouter des règles concernant l’aquaculture, le vin, les algues et les levures biologiques.

Mais – c’est là que ça se gâte sérieusement – les pesticides ne sont plus formellement interdits : il suffira de ne pas trouver de résidus dans le produit fini. Et les produits labellisés pourront contenir des traces d’OGM, jusqu’à 0,9 %, comme les produits conventionnels. En deçà de ce seuil, aucune indication au consommateur n’est prévue.  Et contrairement à l’argument avancé par Alain Juppé cette semaine, 0,9% n’est pas le seuil de détection, qui est de 0,1%. Le Parlement européen, élu par les citoyens, souhaitait d’ailleurs que ce taux soit retenu pour le risque de contamination involontaire. Mais il n’a qu’un rôle consultatif : la Commission et les Vingt-Sept ont choisi de s’asseoir dessus. Parmi eux la toute nouvelle ministre de l’Agriculture et de la Pêche française, Christine Lagarde. Qui au passage, s’assied aussi sur l’engagement du gouvernement à ne pas prendre de décisions contraires aux demandes des associations environnementales avant les prochaines discussions du fameux prochain « Grenelle de l’Environnement ».

Visiblement, la première motivation de ce nouveau règlement est de ne pas entraver la libre-concurrence. On s’aligne sur les mauvais élèves au lieu de créer une émulation verte. À la sortie, on se retrouve avec une bio délavée. Qui impose certes les mêmes normes pour tous les états membres, mais une norme sans ambition. Pour Guy Kastler, chargé de mission à Nature & Progrès, « [la Commission] se débarrasse par la même occasion, et à peu de frais, du pouvoir des mentions associatives indépendantes qui ont toujours tiré la bio vers le haut en maintenant des cahiers des charges aux exigences plus élevées ». Pourtant, le refus de se plier au nouveau label était annoncé et s’organise ces jours-ci. La Fédération nationale d’agriculture biologique (FNAB) indique qu’elle « va désormais travailler à une marque privée, afin de garantir la crédibilité de leur mode de production et de leurs pratiques auprès des consommateurs. » Et Nature & Progrès avait déjà décider de refuser ces normes, « même si cela doit lui interdire toute référence à la nouvelle agriculture bio officielle qui, si elle capitule devant l’offensive de la Commission européenne, n’aura plus rien de biologique », explique Guy Kastler.

Le risque principal pour l’agriculture bio de qualité est de perdre toute la crédibilité durement gagnée et méritée, de voir s’éloigner la confiance des consommateurs. Alors que le secteur est en plein essor. L’Europe comme la France ont décidément raté une bonne occasion de réconcilier agriculture et développement durable.

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