Connaissez-vous le dauphin de Chine, un des rares dauphins d’eau douce, et peut-être le plus ancien (1) ? Vous ne pourrez désormais plus le voir qu’en images. L’espèce est officiellement déclarée éteinte. On n’avait pas eu à enregistrer la disparition d’un grand mammifère marin depuis une cinquantaine d’années, lors de l’extinction du lion de mer japonais.


Il vivait uniquement sur le Yang-tsê kiang, troisième plus long fleuve du monde – dit le Fleuve bleu – et un des plus pollués. Dès 1979, la République populaire de Chine avait déclaré l’espèce en danger, mais il a fallu quatre années supplémentaires pour en interdire la chasse. Le nombre de baiji – nom chinois de ce dauphin – a toujours été difficile à estimer. On sait cependant que la population est passée d’environ 300 individus en 1986, à 200 en 1990, à une dizaine (13 avaient alors été recensés) en 1997. En 1998, une expédition n’avait pu trouver que sept dauphins…

L’année dernière, deux équipes de scientifiques de la Fondation pour la conservation du dauphin de Chine de Wuhan sont partis à la recherche des derniers baiji. Ils ont parcouru plus de 3500 km, pendant six semaines, du barrage des Trois-Gorges au delta du Yang-tsê, avec du matériel optique et des radars ultra-performants… En vain.

Sur le banc des accusés, la pollution bien sûr, mais aussi le braconnage qui continuait, les collisions avec des bateaux. Et surtout la destruction de son habitat avec le barrage des Trois-Gorges. En s’opposant aux requêtes occidentales et en décidant la construction du plus long barrage hydroélectrique du monde (2335 mètres), qui doit devenir le plus important en termes de capacité de production (22 500 MW prévus en 2009), la Chine signait l’arrêt de mort du dauphin. Victime de la croissance économique exponentielle chinoise.

Les stratégies de sauvegarde ont alimenté de longs débats. Fallait-il les laisser dans leur habitat ou bien les capturer et les placer dans une réserve ? « Maintenant, nous n’aurons plus à discuter. Nous avons perdu l’espèce, le baiji est parti », ironisait tristement August Pfluger, responsable de la fondation et co-organisateur de l’expédition lors de l’annonce de l’extinction.

On compte encore quatre espèces de dauphins d’eau douce dans le monde. Trois d’entre elles vivent dans les grands fleuves d’Asie, toutes risquent de s’éteindre et sont inscrites sur la liste rouge des espèces en voie de disparition. Le panda est en Chine le symbole de la destruction des forêts ; le baiji et les autres dauphins d’eau douce deviendront-ils ceux de la surexploitation des cours d’eau ? Il faut espérer que le baiji aura suffit.   

(1) Les découvertes fossiles indiquent que le dauphin de Chine a migré du Pacifique vers le Yang-tsê kiang il y a 20 000 ans.

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