Une des plus grandes usines d’épuration au monde, celle de Montréal, laisse passer directement dans le fleuve Saint-Laurent d’importantes quantités d’antibiotiques. C’est ce que révèle une étude de chercheurs de l’université de Montréal, publiée dans le Journal of Environmental Monitoring de ce mois-ci. On redoute bien sûr les effets sur les espèces vivantes et les problèmes de résistances croissantes des bactéries aux antibiotiques.

Six antibiotiques parmi les plus couramment prescrits ont été recherchés : les concentrations relevées en amont et en aval de la station d’épuration se sont avérées « identiques à des détails près, ce qui indique que le système de traitement ne réduit pas ces concentrations », explique un des chercheurs. « Certes, convient-il, les concentrations de 30 à 300 nanogrammes par litre sont très faibles. Mais compte tenu de l’énorme quantité d’eaux usées rejetées chaque jour – 2,5 millions de mètres cubes par jour – la quantité totale rejetée est élevée « Quand on veut, en laboratoire, provoquer une résistance aux antibiotiques chez certaines bactéries pour mieux l’étudier, on les expose à de très faibles doses comme celles qu’on retrouve dans les eaux usées à la sortie de l’usine d’épuration. C’est surtout ce qui m’inquiète et ce qui justifie la poursuite de ce débat et des études pour déterminer s’il faut intervenir par différents moyens », conclut le professeur. Les rejets d’antibiotiques sont un phénomène de plus en plus courant, Montréal n’est pas une exception, tout simplement parce que les systèmes d’épurations utilisés n’ont pas été conçus pour les retenir.

Il y a aussi le problème des oestrogènes et progestatifs de synthèse, rejetés aux aussi en quantité considérable par le biais de l’urine des femmes qui prennent la pilule. Ce sont des perturbateurs endocriniens qui trompent notre système hormonal de par leur ressemblance avec les messages chimiques émis par les nombreuses glandes. Des molécules particulièrement dangereuses et insidieuses car moins la dose est élevée, plus le système hormonal se fait leurrer facilement, un processus totalement contraire à ce qu’il peut par exemple se passer avec les métaux lourds, ce qui rend très difficile la mise en place de normes par les autorités.

De nouveaux procédés de traitement de l’eau, à l’ozone ou avec de puissants ultraviolets pourraient réduire sensiblement les rejets d’antibiotiques. Ces méthodes visent d’abord à tuer systématiquement les bactéries, mais elles peuvent aussi briser la structure moléculaire des antibiotiques, ce qui complique leur travail d’adaptation.

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