Discrète et pimpante, coquette et naturelle. Julie est comme on l’imagine quand on surfe sur sa boutique de mode Made in ethic. Un e-commerce lancé il y a quelques mois avec la collection été. Le principe : elle déniche pour nous des fringues sexy, féminines, trendy. Le tout version éthique et bio.

Rencontre avec cette jeune femme, qui change d’étiquette comme de top : maman, blogueuse, informaticienne, chef d’entreprise… et même styliste à ses heures !

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Made in ethic, comment l’idée a-t-elle poussé ?

Le projet a germé il y a à peu près un an. À ce moment là, je quittais mon ancien employeur pour rejoindre deux amis autour d’un projet de logiciel. Mais je ne lui voyais pas d’avenir commercial même si c’était une bonne idée. J’ai eu un passage à vide : dois-je réintégrer illico le salariat ou bien continuer ? Et vers quoi ? Je me suis alors dit que c’était le moment où jamais de faire quelque chose qui me tenait vraiment à coeur ! Je pense vaguement au commerce équitable. J’y suis sensible, pas réellement informée… mais j’ai envie de m’investir dans quelque chose qui en vaille la peine. Rapidement la mode éthique s’impose à moi. Petite, je dessinais sans arrêt des modèles, des collections, je m’approche ainsi d’un rêve d’enfant…

Qu’est-ce qui t’attirait le plus : la mode ou le commerce équitable ?

J’aime beaucoup la mode, m’habiller, faire du shopping mais je ne suis pas une fashion victim ! J’aimais vraiment l’idée de pouvoir trouver et proposer des vêtements class et clean. Je ne pourrais pas évoluer dans le monde de la mode pure et dure, bien trop loin de ce que je suis et de mes valeurs. Depuis un an, je n’ai plus acheté une seule fringue conventionnelle.

Tu travailles avec deux autres personnes, comment se sont-elles « greffées » au projet ? Comment vous répartissez-vous les tâches ?

Mes deux acolytes sont des amis de longue date avec qui j’avais envie de travailler depuis longtemps. Ce sont eux qui m’ont débauchée pour le projet du logiciel tombé à l’eau. Lorsque je leur ai présenté ma nouvelle idée, ils ont tout simplement dis « on y croit, on y va !« . Pour moi c’était un énorme soulagement et un gage de confiance fort. Nous sommes associés, il m’amènent leur expérience d’entrepreneurs et leurs compétences web. Nous débattons ensemble des grandes décisions « stratégiques » , mais c’est moi qui pilote !

Justement, comment pilotes-tu : comment choisis-tu les marques de Made in ethic?

Pour les vêtements, le critère principal est coton bio. Néanmoins, lorsque je trouve un projet avec une approche écologique et durable, je le soutiens. Pour moi, l’important réside aussi dans les valeurs que véhiculent les marques ou les créateurs: éthique et progrès. La grande majorité des marques que je distribue font du commerce équitable. Pour les accessoires, on est soit sur des démarches écologiques avec du recyclage, soit sur des projets de commerce éthique. La vie devant soie est par exemple un atelier de femmes cambodgiennes qui peuvent vivre de leur production. Je parle plus volontiers de commerce éthique car il faut savoir que les règles qui régissent le commerce équitable, notamment labellisé Max Havelaar, sont très strictes et ne peuvent pas toujours être suivies les petites structures (regroupement d’artisans, coopératives) qui peuvent difficilement se mettre à niveau.

Le prix de la mode éthique et « bio » est bien souvent un frein à l’achat…

Je vois au travers de la mode éthique un moyen de redonner une vraie valeur aux produits textiles. La course aux bas prix, même si elle est inévitable pour la population la moins aisée, a ses limites. On ne peut pas continuer à acheter des t-shirts à 5 € sans se poser de questions… Je préfère, de loin, promouvoir une démarche d’achat raisonné : moins de t-shirts, mais de meilleure qualité. C’est un choix que chacun peut faire. Pour Made in éthic, je m’attache à sélectionner des produits qui ont à mes yeux un prix juste. Mais j’ai aussi choisi de proposer des pièces de haute qualité et cela se paye.

Penses-tu tout de même que les prix puissent baisser ?

C’est complexe. Pour que les prix baissent, il faut que les filières de coton bio et équitable se développent, ce qui suppose des moyens de production plus importants. Nombre de partenaires ne pourraient pas suivre l’évolution, en tout cas à court terme, et seraient laissés sur le bord de la route. L’enjeu du secteur est donc de maîtriser sa croissance, pour répondre à la demande tout en maintenant un échange commercial cohérent et juste avec les différents acteurs. Le coton bio et équitable restera-t-il un marché de niche pour quelques privilégiés ? Je ne peux pas répondre. Ce dont je suis sûre, c’est que le consommateur a un rôle très important à jouer, de par sa demande mais aussi sa vigilance et ses exigences éthiques.

Comment te sens-tu par rapport aux problèmes environnementaux ? Es-tu écolo ?

Je ne me qualifierais pas d’écolo… J’ai une conscience forte des problématiques économiques, environnementales et sociales de notre temps, mais je ne suis pas dans une approche militante. Je fais partie de ceux qui pensent qu’il faut changer les choses de l’intérieur. Beaucoup d’entrepreneurs « verts » sont déjà dans une démarche personnelle avancée lorsqu’ils décident se lancer dans leur projet professionnel. Moi je suis allée à contre-sens. Made in éthic a été un vrai déclencheur, en même temps que la rencontre d’une amie très concernée et engagée. Je sais que c’est un peu tordu, mais inconsciemment, la création de ce projet, était une façon de me dire: « bon allez, maintenant tu fais quelque chose de concret ».

Tes gestes au quotidien, chez toi, au travail ?

Je dirais que je fais preuve de civisme et de bon sens avant tout : je fais attention à ma consommation en énergie, en eau, je limite mes transports, nous limitons nos déchets, je donne mes vêtements plutôt que je les jeter… On va dire que je suis « écolonome ».

Et à Made in éthic, nous utilisons au maximum des fournitures écologiques. J’aimerais aussi pouvoir, lorsque notre développement le permettra, impliquer Made in éthic plus concrètement dans des actions associatives tournées vers le développement durable et l’écologie.

Es-tu plutôt positive ou négative par rapport à tout ça ?

Je suis positive, c’est ma nature ! Par contre, j’ai bien peur qu’il faille batailler dur pour résister au rouleau-compresseur, de l’hyper-consommation. Et je suis exaspérée par ceux qui délestent leur conscience en considérant que c’est aux pouvoirs publics de tout faire. Je suis convaincue que c’est par une prise de conscience individuelle – et globale – que les choses peuvent évoluer dans le bon sens. Je crois vraiment que nous sommes à la veille d’une nouvelle ère porteuse de progrès.

Une rencontre à retrouver dès mardi sur Ecolo-info !

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