Entre les skieurs, les bulldozers et le grand tétras, pour la station ariégeoise de Mijanes, le tribunal administratif de Toulouse a fait son choix cette semaine : ce sera le grand tétras. Saisie en référé par des associations de protection de la nature – le comité écologique ariégeois, Nature Midi-Pyrénées et France nature environnement – la juridiction vient d’ordonner la suspension des travaux de défrichement. Le juge estime que « les impacts des défrichements en forêt domaniale auraient des conséquences trop importantes sur le grand tétras, espèce de galliforme sauvage, rare et emblématique des régions montagneuses ». Selon lui « aucune mesure compensatoire proposée ne permet d’empêcher l’extinction de l’espèce sur ce territoire ».

Couple de grands tétras. // photo liondor.eu, creative commons //

Couple de grands tétras. // photo liondor.eu, creative commons //

8 km de pistes en plus. Cela se passe au fin fond de l’Ariège. Quelques lacets et on est en territoire catalan, dans un coin que d’aucuns surnomment le  »petit Québec ». Une station de ski a posé là ses valises, à moins de 2 000 m d’altitude, depuis 1961. Je ne peux pas précisément vous dire combien de jours par an la station est affichée ouverte, mais une chose est sûre, ces dernières années, c’est rare ; les skieurs toulousains se risquent rarement à aller passer la journée ou le week-end à Mijanes pour profiter de la blanche. Pourtant, les élus du secteur défendent depuis plusieurs mois un projet d’extension du domaine skiable de 40%, avec l’implantation d’un téléski de 700 m afin d’ouvrir 8 km de pistes supplémentaires, jusqu’au toit du Donezan, à 2 100 m d’altitude.

530 habitants et quelques coqs. Mais voilà, le grand tétras, appréciant la quiétude du canton le moins peuplé de France – 530 habitants – crapahute dans le massif. En entérinant le projet en mars dernier, le préfet de région André Viaux n’avait fait que peu de cas de cet habitant à plumes, et pas beaucoup plus du rapport alarmant de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS).  Emmanuel Ménoni, chargé d’étude à l’ONCFS était pourtant clair : « les tétras adultes verront leur espérance de vie abaissée et ne seront plus remplacés ».

11 emplois. Les élus se réjouissaient, plaidant pour la création d’emplois (11 étaient envisagés) et le maintien des emplois saisonniers, qui, par je ne sais quelle pirouette devaient « permettre le maintien d’une population permanente dans le Quérigut », selon Auguste Paychenq, président de la communauté de communes du Donezan. Les travaux devaient débuter ces jours-ci et les aménagement être opérationnels pour la saison 2007-2008. Un projet qui était estimé à  2,75 millions d’euros, subventionné à 70 % par le Conseil général, régional et les fonds nationaux. Mais peu importe puisque les engins de chantier ne pourront pointer le bout de leur chenilles.

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