À côté de chez mes parents, un champ n’est plus cultivé depuis quelques années. Les fleurs n’y ont pas encore totalement fait leur retour. Alors à chaque printemps, je rêve d’y jeter un grand sac de fleurs des champs, pleine de bonnes intentions écolos : il faut sauver les abeilles, et la biodiversité ! Les p’tits lapins, les abeilles, les fleurs, et moi…

photo © élodie touret

// photo © élodie touret //

En semant de jolies fleurs, on offre un espace et un garde-manger aux abeilles, c’est très bien, c’est mignon même. Mais on oublie dans notre élan printannier que ce qui est bon pour les abeilles domestiques (essentiellement apis mellifera et bombus terrestris — quel nom !) ne l’est pas forcément pour les 900 autres espèces d’abeilles sauvages françaises. Les mieux à même de sauver le monde, sont les abeilles sauvages à langue longue. Point de jeux de mots à la Bigard à ce stade : meilleures pollinisatrices, elles sont plus intéressantes pour les 80% des espèces de plantes à fleurs dépendent des insectes pollinisateurs pour se reproduire. Mais voilà, ces butineuses, font la fine bouche, et ont des préférences gustatives bien marquées.

Certaines jachères apicoles sont semées uniquement de facélie à fleurs de tanaisie, une plante qui intéresse uniquement l’abeille domestique et les bourdons les plus abondants, ceux qui en ont le moins besoin. Il faudrait privilégier le sainfoin, qui serait favorable à l’ensemble des abeilles sauvages, ou encore le trèfle des prés ou le lotier. « Si l’on encourage trop l’abeille domestique, on augmente le risque de déprimer les espèces sauvages cohabitantes, et par là les plantes sauvages« , expliquent Serge Gadoum, Michaël Terzo et Pierre Razmon dans Le courrier de l’environnement de l’Inra. Ils présentent l’exemple d’une orchidée, Ophrys apifera, fidèle en fécondation puisque seule l’abeille sauvage Eucera longicornis — mes quelques années de latin me laissent penser que ça veut dire longue langue, longicornis — vient la tripoter. Eucera aime surtout les légumineuses, rarement proposées au menu de la jachère apicole. Si elle n’a rien à manger, pas folle l’abeille, elle se fait de plus en plus rare, entraînant avec elles les orchidées.

La jachère fleurie — et non plus uniquement apicole, semée par les apiculteurs qui essaient de regagner quelques terres afin de protéger et développer leur activité — a plusieurs raisons d’être. D’abord, elle agrémente le paysage, pour vous et les p’tits oiseaux. Elle améliore aussi la biodiversité, et favorise la reproduction de la faune sauvage, en leur servant de garde-manger et de refuge. Mais là encore, les sacs de graines proposant des mélanges avec nombre de variétés horticoles étrangères à la flore de nos contrées (zinnia, comos, bleuets, pavot de californie…). Or l’introduction  d’espèces étrangères est la deuxième cause de disparition des espèces dans le monde.

C’est un tout, en favorisant un écosystème adapté, même les chasseurs, en bout de chaîne, sont contents. les jachères fleuries favorisent par exemple le bon développement des nichées de perdreaux, qui se nourissent essentiellement d’insectes dans les 10 jours suivant l’éclosion.

Dans chaque département, c’est le préfet qui a autorité pour établir la liste des espèces utilisables sur les surfaces en jachère. On en reparle donc au printemps.

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