Début août, j’ai assisté à la 14e Université d’été de l’innovation rurale, organisée par la mission Agrobiosciences, à Marciac. Au programme cette année : « C’est par où le rural ? Notions floues, lignes de fuite et issues ». Balèze, non ? Et bien c’était très intéressant, stimulant, intelligent.

// photo © élodie touret //

Ben alors, c'est par où le rural ? // photo © élodie touret //

Je voulais en faire quelques articles ici, mais je n’en ai pas eu le temps. Heureusement, Yann a été plus efficace que moi — il gagne à l’ancienneté 😉 — je vous renvoie donc vers ses articles sur Médiblog.

Marciac (1) / Les nouveaux enjeux de la campagne

Marciac (2) / Nouvelles populations en zones rurales

Marciac (3) / Le non-art du lotissement

Marciac (4) / Un monde à réinventer d’urgence

Marciac (5) / Quatre scénarios pour l’avenir

Marciac (6) / Et ailleurs ? (entretien sonore avec Dimitris Goussios, professeur à l’université de Thessalie, en Grèce, spécialiste des questions de territoires ruraux).

Bonne lecture et écoute !

Publicités

À côté de chez mes parents, un champ n’est plus cultivé depuis quelques années. Les fleurs n’y ont pas encore totalement fait leur retour. Alors à chaque printemps, je rêve d’y jeter un grand sac de fleurs des champs, pleine de bonnes intentions écolos : il faut sauver les abeilles, et la biodiversité ! Les p’tits lapins, les abeilles, les fleurs, et moi…

photo © élodie touret

// photo © élodie touret //

En semant de jolies fleurs, on offre un espace et un garde-manger aux abeilles, c’est très bien, c’est mignon même. Mais on oublie dans notre élan printannier que ce qui est bon pour les abeilles domestiques (essentiellement apis mellifera et bombus terrestris — quel nom !) ne l’est pas forcément pour les 900 autres espèces d’abeilles sauvages françaises. Les mieux à même de sauver le monde, sont les abeilles sauvages à langue longue. Point de jeux de mots à la Bigard à ce stade : meilleures pollinisatrices, elles sont plus intéressantes pour les 80% des espèces de plantes à fleurs dépendent des insectes pollinisateurs pour se reproduire. Mais voilà, ces butineuses, font la fine bouche, et ont des préférences gustatives bien marquées.

Certaines jachères apicoles sont semées uniquement de facélie à fleurs de tanaisie, une plante qui intéresse uniquement l’abeille domestique et les bourdons les plus abondants, ceux qui en ont le moins besoin. Il faudrait privilégier le sainfoin, qui serait favorable à l’ensemble des abeilles sauvages, ou encore le trèfle des prés ou le lotier. « Si l’on encourage trop l’abeille domestique, on augmente le risque de déprimer les espèces sauvages cohabitantes, et par là les plantes sauvages« , expliquent Serge Gadoum, Michaël Terzo et Pierre Razmon dans Le courrier de l’environnement de l’Inra. Ils présentent l’exemple d’une orchidée, Ophrys apifera, fidèle en fécondation puisque seule l’abeille sauvage Eucera longicornis — mes quelques années de latin me laissent penser que ça veut dire longue langue, longicornis — vient la tripoter. Eucera aime surtout les légumineuses, rarement proposées au menu de la jachère apicole. Si elle n’a rien à manger, pas folle l’abeille, elle se fait de plus en plus rare, entraînant avec elles les orchidées.

La jachère fleurie — et non plus uniquement apicole, semée par les apiculteurs qui essaient de regagner quelques terres afin de protéger et développer leur activité — a plusieurs raisons d’être. D’abord, elle agrémente le paysage, pour vous et les p’tits oiseaux. Elle améliore aussi la biodiversité, et favorise la reproduction de la faune sauvage, en leur servant de garde-manger et de refuge. Mais là encore, les sacs de graines proposant des mélanges avec nombre de variétés horticoles étrangères à la flore de nos contrées (zinnia, comos, bleuets, pavot de californie…). Or l’introduction  d’espèces étrangères est la deuxième cause de disparition des espèces dans le monde.

C’est un tout, en favorisant un écosystème adapté, même les chasseurs, en bout de chaîne, sont contents. les jachères fleuries favorisent par exemple le bon développement des nichées de perdreaux, qui se nourissent essentiellement d’insectes dans les 10 jours suivant l’éclosion.

Dans chaque département, c’est le préfet qui a autorité pour établir la liste des espèces utilisables sur les surfaces en jachère. On en reparle donc au printemps.

Depuis début mars, les éleveurs d’alpagas et lamas péruviens voient les pâturages se couvrir de neige et leurs bêtes affamées mourir de maladies. Les vagues de froid – le friaje en VO –  n’apparaissent normalement qu’en juin. « Le friaje est une association de basses températures hors saison, de gelées, de neige et de grêle qui cause des dégâts aux cultures et aux pâturages sur les hauts plateaux andins », explique Marc Vandersmissen, coordinateur des opérations d’urgence de l’organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculure (FAO) au Pérou, qui vient de livrer 36 800 doses d’antiparasitaires et d’antibiotiques destinées à plus de 18 000 alpagas du district de Pilpichaca dans la province de Huancavelica.

Les lamas appartiennent à la famille de camélidés. // photo élodie touret //

Comme les alpagas, les lamas appartiennent à la famille des camélidés. // photo © élodie touret //

Dans les hautes Andes, la campagne agricole est limitée à un court laps de temps dont l’agriculteur doit profiter pour semer et récolter selon un calendrier précis afin de pouvoir nourrir sa famille. « Mais à cause des changements climatiques, les schémas traditionnels sont en train de changer, et les paysans ne sont plus en mesure de prévoir les dates des semis et des récoltes », explique le communiqué de la FAO.

Les éleveurs d’alpagas se nourrissent essentiellement de papa seca, pomme de terre sèche, avec un peu de viande séchée de leur élevage. Leur troupeau est leur unique source de revenus. Une situation qui a obligé le  gouvernement à déclarer l’état d’urgence dans 11 régions, sur les 25 que compte le Pérou. L’intervention de la FAO aurait permis de sauver 50% des 35 000 alpagas, lamas et ovins, et de venir en aide à plus de 200 familles. Mais la partie n’est pas gagnée, les pâturages naturels vers lesquels vont se tourner les troupeaux en septembre ont été fortement endommagés par le froid.

Source : FAO.