Un mois après l’explosion de l’usine AZF* à Toulouse, Serge Biechlin, alors directeur, autorisait le déversement de plusieurs tonnes d’ammoniac liquide dans le bras inférieur de la Garonne. Le rejet avait pollué le fleuve sur 1,5 km de long et entraîné la mort de 8 000 poissons. La cour d’appel de Toulouse vient de confirmer sa condamnation : il devra payer une amende de 8 000 € (10 000 € en première instance) et 28 125 € de dommages et intérêts à chacune des parties civiles, trois associations écologiques – Les Amis de la Terre, France nature environnement, et AMPER-TOS, sssociation nationale pour la protection des eaux et rivières – ainsi que le Syndicat mixte d’études et d’aménagement de la Garonne (SMEAG).
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« L’ensemble du réseau gazeux était affecté suite à l’explosion d’AZF, nous ne pouvions plus gérer les dégagements d’ammoniac dans l’atmosphère », avait expliqué Serge Biechlin lors du procès en première instance, le 4 décembre 2006 devant le tribunal correctionnel de Toulouse. Sans indiquer pour l’instant s’ils formeront un pourvoi en cassation, son avocat, Me Daniel Soulez-Larivière (pas de mauvais jeu de mots sur le nom… – a expliqué que la décision avait était prise car « nous estimons que nous étions dans un état de nécessité ».
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Me Laurent de Caunes, avocat du SMEAG, s’est réjoui de la décision de la cour d’appel, « très importante pour le principe, car elle confirme que le directeur de l’usine avait le choix, et que le fleuve ne peut être utilisé comme une solution de facilité ».

Les Amis de la Terre trouvent cette condamnation « logique » et rappellent qu’ils avaient ramassé les poissons morts par lessiveuses entières, quelques centaines de kilos de quatorze espèces différentes.

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* 30 morts et des milliers de blessés. AZF était une usine de la société Grande Paroisse (groupe Total)
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Au moment où beaucoup entament la migration estivale vers les plages surchauffées, Matyas a enfilé une petite laine et mis cap au Nord. Le jeune architecte, engagé dans l’habitat écologique et durable – il tient le blog Archivert sur Féminin bio – est parti fin juin à la rencontre des Sàmis, ce peuple indigène des pays nordiques, qu’on a longtemps appelés Lapons. Un terme bien péjoratif qui signifie « guenilles » en scandinave. ‘Sàmi’ signifie tout simplement  »homme » – Touareg ou Inuit.
Les Sàmis « continuent de vivre leur semi-nomadisme au gré de la transhumance des rennes et des lumières boréales dans la partie polaire de l’Europe. Depuis les années 70, ils renouent avec leur identité alors que leur culture n’est toujours pas reconnue par la Suède, la Finlande et la Russie et demandent aujourd’hui la gestion de leur terre, la Sàpmi (Laponie) qui a été, depuis toujours, source de convoitise », explique Matyas sur Écolo-info, où il tient très régulièrement ses carnets de voyage.

Berlin, Oslo, l’archipel des Lofotens, Tromsø, Kautokeino… il devrait revenir à la fin du mois, et repartira ensuite cet hiver. Ouf, il était temps que je me réveille pour en parler ! Il répond ici à quelques questions.

Matyas a participé au festival Riddu riddu // photo Matyas Lebrun //

Matyas a participé au festival Riddu riddu // photo © Matyas Lebrun //

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Pourquoi les Sàmis ?

Cela remonte à l’enfance : ma mère m’avait offert un petit livre sur des paroles et sagesses amérindiennes. Depuis, je n’ai cessé d’être fasciné par les peuples indigènes et leur mode de vie plus proche de la nature. Plus concrètement j’ai fait des études d’architecture à Oslo il y a trois ans et j’ai bien-sûr entendu parler des Sàmis. Là encore, je n’ai depuis pas arrêté d’y penser, de m’intéresser à eux avec un désir profond de les rencontrer…
En soi, le peuple sàmi est un peuple mystérieux et fascinant : leurs traditions, leurs croyances, leur façon de vivre, leurs habits, habitats, leurs attitudes… sont autant de choses éloignées de notre façon de penser. Pour moi, c’est un joyau que nous devons regarder avec respect et qui peut nous faire changer nos propres attitudes.

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Depuis le début de ton voyage, qu’est-ce qui t’a le plus marqué ?

La rencontre avec la famille Gaup sur les hauts plateaux près d’Alta, sur la route du Cap Nord. 24h avec eux m’a semblé une éternité et m’a fait vivre, l’espace d’un instant, une autre réalité, celle d’une famille d’éleveurs de rennes qui partent chasser et pêcher pour se nourrir. Ils élèvent et connaissent leurs rennes comme leurs propres enfants, ils prennent le temps de vivre au sein de la nature. Et partagent au quotidien des moments aussi simples que joyeux. D’une forte intensité humaine. Le père m’a énormément troublé : ses yeux étaient d’une clairvoyance et d’une présence bouleversantes. Je l’ai senti enraciné dans le sol. Voilà c’est l’image qui m’est venue.

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Les Sàmis sont-ils vraiment conscients des dangers écologiques qui menacent et des pollutions qu’eux-mêmes engendrent ?

Aujourd’hui, les Sàmis vont voir les rennes et pêcher en motoneige : leur impact écologique est plus polluant que par le passé, et ils ne sont pas conscients des dangers écologiques qui les menacent, peut-être par un manque flagrant d’information. Il faut dire que leur mode de vie a beaucoup changé, surtout depuis la dernière guerre mondiale ; la « norvégianisation » (idem en Suède, Finlande et Russie) à été importante et violente. Face à un passé douloureux, ils se sont tournés vers la modernité qui, finalement, leur à été imposée.
Par contre, leur lucidité n’a pas tari. Lors de mon séjour dans la famille Gaup, j’ai discuté avec le père et les fils des impacts des constructions polluantes – telles que les lignes à hautes tensions, les radars aériens, etc – sur les rennes, au sein même de leur territoire. Pour eux c’est désastreux et ils tentent, notamment avec Greenpeace, de récupérer un droit sur leurs propres terres.

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Mais il est normal qu’ils aient accès eux aussi à la « modernité », non ?

Lorsque j’ai réalisé qu’ils utilisaient des moyens « occidentaux », c’est vrai que j’ai été déçu, fervent militant écolo que je suis. Mais quand je suis arrivé dans la famille Gaup, j’ai aussi compris que ce n’était pas pour les mêmes raisons, ni à la même échelle. Certes ils prennent la moto pour aller pêcher,  mais ils gardent ce poisson pour tout l’hiver, ne mangent que les produits qu’ils pêchent ou chassent et ne participent donc pas au système économique agro-alimentaire actuel. Dans leurs maisons d’été il n’y a ni électricité, ni télévision, mais des toilettes sèches et un poêle à bois qui, parce que c’est très bien isolé, assure le chaleur dans toute la maison.
Finalement, ils sont plutôt écolos par rapport à un Français lambda ! Je pense qu’il faut porter un autre regard sur eux en acceptant qu’ils aient aussi accès à la modernité. Ce qui chez nous, nous semble normal, nous parait insoutenable chez eux. Nous souhaiterions sans doute qu’ils respectent l’image idéalisée que nous avons des indigènes vivant sous la tente au milieu des animaux.

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Selon toi, que peuvent nous apporter les Sàmis ?

À l’heure ou nous remettons en cause notre monde industrialisé et cherchons le facteur environnemental pour inverser la balance du réchauffement climatique, ces peuples, tels les Sàmis, ont une connaissance encore intacte de la nature. Ils savent fonctionner avec elle et détecter le moindre signe qu’elle leur murmure. C’est cela qu’il faut mettre en valeur pour qu’enfin ils puissent obtenir le regard véritable que nous leur devons, et que l’on arrête de les considérer comme des éléments perturbateurs au sein de notre monde « moderne ».

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++ son site perso, avec la présentation du projet : www.lepeupledusoleil.com

Pile dans les temps, après le 14 juillet, elles ont attrapé la deuxième vague des départs en vacances. Des invitées si urticantes – quand même, ne pas avoir de cœur ni de cerveau, mais venir gratouiller les jambes des baigneurs, elles sont bien vicieuses – que les pompiers seraient intervenus plus de 500 fois, mardi.

Méduses au musée océanographique de Valence / photo Matteo de Felice, creative common /

Méduses au musée océanographique de Valence // photo Matteo de Felice, creative commons

Le phénomène pourrait paraître bien anodin s’il n’était aussi récurrent. Jusqu’ici, en se basant sur deux siècles de relevés, on avait pu établir des cycles d’environ douze ans : la méduse apparaissait pendant une période de deux à sept ans, puis disparaissait cinq ans. Mais, cet été, la demoiselle revient en huitième année. Pelagia noctiluca a le mauvais goût de faire fi des statistiques. Gabriel Gorsky, chercheur du CNRS à l’Observatoire océanologique de Villefranche-sur-mer, rappelle ici que ce sont des organismes qui se déplacent en bancs énormes, de façon aléatoire au gré des vents et des courants.

Alors, à qui la faute si on se retrouve avec une indélicate entre les jambes lorsqu’on se baigne ? « À l’homme, répond sans hésiter Gabriel Gorsky. Quand vous prélevez des compétiteurs ou des prédateurs, les méduses envahissent le milieu. Quand vous augmentez la température, c’est favorable aux méduses. » Certaines tortues ingurgitent jusqu’à 100 kg de méduses par jour, mais dérangées par les activités humaines, elles se sont faites bien rares. D’autres invoquent la raréfaction du thon rouge. Mais pour Patrick Lelong, biologiste à l’Institut océanographique Paul Ricard aux Embiez (Var), cela ne tient pas la route : « Personne n’a jamais retrouvé une méduse dans l’estomac d’un thon », déclare-t-il dans Libération. Les polluants chimiques, auxquels la méduse serait particulièrement résistante, alors que certains font proliférer le phytoplancton, et donc son casse-croûte, sont aussi pointés du doigt. « Ce sont des organismes très opportunistes, conclut Gabriel Gorsky. Ils sont là depuis 600 millions d’années et sont très bien adaptés au milieu. »

Une idée : et si on faisait des sushis aux méduses, en lieu et place du thon rouge ?

[edit : ça fait une jolie chute, mais évitez l’association « trop de sushis, plus de thon rouge, des marées de méduses », c’est un poil plus compliqué…]