Charmant petit resto toulousain, avec des amis, mardi soir. La serveuse nous présente l’ardoise : tartines, salades, magret, et plat du jour : darne de thon rouge à la sauce tomate. Derrière son piano, le patron en chante les louanges, « un magnifique poisson, pêché hier, qui m’a fait de l’œil sur l’étal du poissonnier« . Dans un clin d’œil, juste pour voir sa réaction, je lui fait remarquer que c’est du thon rouge. « Oui, oui, je sais… la pêche est interdite… Perso, j’achète. Après, tout dépend de votre idéologie ! »

Mon idéologie, comme il dit, oscillant entre pragmatisme et gourmandise, il peut m’arriver de manger du thon rouge – c’est bien rare cependant -, mais c’est en connaissance de cause, ce qui est me semble-t-il, le plus important. Je n’ai pas voulu me lancer dans de longs discours, et mes petits neurones n’ont pas réussi à se mobiliser assez vite pour livrer des chiffres sûrs. Ma remarque était plus titilleuse et curieuse que militante ; je vais essayer de me rattraper ici.

Thon rouge // illustration Iccat //

Thon rouge // illustration Iccat //

« Les scientifiques les plus optimistes affirment que les réserves ne dépassent pas une dizaine d’années », affirme le WWF. Il est très difficile de déterminer l’état exact des stocks et leur évolution, notamment faute de déclarations fiables des thoniers. En 1999, Greenpeace et l’Iccat, la commission internationale chargée de la gestion des pêcheries de thon, s’alarmaient déjà de leur épuisement, mettant en cause la pêche illégale et l’engraissement de jeunes thons dans des fermes aquacoles. Dans les vingt années précédentes, le nombre de thons rouges adultes – en âge de se reproduire – avait diminué de 80%.

Les captures de thon rouge dans l’Atlantique-Est et en Méditerranée (seul lieu de reproduction connu, avec le golfe du Mexique) ont probablement été supérieures, selon Greenpeace et l’Iccat, à 41 000 tonnes en 2004 et 44 000 tonnes en 2005, soit 37,5% de plus que le total des prises autorisées. Des captures illégales qui proviennent quasiment exclusivement de Méditerranée.

Le taux de mortalité par pêche en 2003-2004 aurait été jusqu’à trois fois supérieur au niveau qui permettrait au stock de se stabiliser. Et plus on joue avec le feu, plus on frôle – l’a-t-on déjà dépassé ? – le seuil de non renouvellement.

Selon l’Iccat, « les seuls scénarios qui ont le potentiel de remédier aux diminutions et d’amorcer le rétablissement sont ceux qui établissent une fermeture de la pêche en Méditerranée pendant la saison de frai » et imposent le strict respect de la taille minimale de capture, ainsi que la fin des pêches illégales et non déclarées. Ces prochaines années, les quotas ne devraient pas dépasser les 15 000 tonnes. Reste à convaincre les décideurs de l’urgence de la situation, argumentaire d’autant plus difficile à mettre en place que le thon rouge est une espèce caractérisée par une longue espérance de vie, les bénéfices des restrictions tarderont donc de toute façon à être visibles, pas avant une dizaine d’années selon les spécialistes.

J’ai quand même bien fait de prendre le tajine d’agneau, mardi soir.

rrrr

++ rapport Greenpeace, Mais où est donc passé le thon rouge de Méditerranée ?, pdf.

++ rapport Iccat 2006-2007, pdf.

Dans la baie de San Diego, en Californie, une entreprise pêche depuis plus d’un siècle le thon blanc à la canne et à la ligne, en les sortant un à un de l’eau, ce qui évite toute prise accessoire et préserve les fonds marins. Les 21 bateaux capturent 3 à 4000 tonnes de thon blanc par an.

Au large des Cornouailles, cette langue délicate et effrontée, so britsh, tirée à la face de l’Atlantique, de petits bateaux équipés d’engins traditionnels, ont chassé de leur zone les grands chalutiers ; et taquinent là le maquereau.

Après un détour par Douarnenez la Bretonne, à la Conserverie Chancerelle qui serait la plus ancienne fabrique de conserves de sardines du monde, thon blanc et maquereau se retrouvent, baignant dans l’huile et serrés dans des boîtes, sur les rayons des supermarchés suisses Coop.

L’enseigne vient en effet de rentrer dans sa gamme de conserves ces deux produits, avec le label MSC – Marine Stewardship Council. Le MSC est une organisation indépendante d’utilité publique, fondée en 1997 pour susciter un débat sur le problème de la surpêche, et y trouver des solutions. Avec l’appui de scientifiques et d’experts, le MSC a développé un standard environnemental qui évalue les pêcheries selon leur gestion des ressources marines. Dans le monde, 30 pêcheries ont pour l’instant décroché le label bleu. Coop propose 21 références MSC, assurant que le poisson est issu d’une pêche éco-compatible. Un engagement supérieur aux enseignes françaises. Il y a un an, Coop avait déjà fait un geste fort, en accord avec le WWF Seafood Group – dont elle est co-fondatrice – en retirant de la vente plusieurs poissons sauvages menacés d’extinction : le mérou, la raie, le thon rouge et le beryx.

++ à télécharger et coller sur son frigo : le guide d’achat WWF poissons et fruits de mer, en pdf.